Chapitre 02

Le chemin de fer et les gares

L’épopée du rail à Saint‑Aigulin : L’histoire ferroviaire de Saint‑Aigulin est celle d’une conquête géographique et économique mais aussi une longue bataille d’identité qui a façonné le visage de notre commune.

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Une gare entre honneur et profit

L'Installation technique

Tout commence en 1847 avec le projet colossal de la ligne Paris-Bordeaux. Si la logique désignait La Roche-Chalais pour accueillir la station, les coûts de construction des ouvrages d’art y étaient prohibitifs.

C’est donc sur les terres de Saint‑Aigulin que la plateforme fut achevée en 1849, avant l’inauguration de la gare en 1852.

La querelle du nom

Pourtant, une ombre plane sur cette victoire technique : la station est initialement baptisée «La Roche-Chalais». Un affront pour le maire de l’époque, Monsieur Bourdier. Lors de sa visite en 1852, Louis-Napoléon Bonaparte trancha d’une formule restée célèbre :

La Roche-Chalais aura l'honneur, et votre commune Monsieur le Maire aura le profit.

Louis-Napoléon Bonaparte

Le profit ne se fit pas attendre.

Entre 1846 et 1866, la population bondit de 1 512 à 1 744 habitants. La gare devint une plaque tournante majeure pour le bois et la terre blanche. La justice finit par triompher après des décennies de revendications :

Repères chronologiques

1847 - Lancement du projet de la ligne Paris-Bordeaux.

1852 - Inauguration de la gare, la première du département, baptisé «La Roche-Chalais»

1889 - Le nom de Saint‑Aigulin est enfin accolé à celui de La Roche-Chalais.

1902 - La commune obtient l’appellation définitive : «Saint‑Aigulin-La Roche-Chalais».

L’aventure du « Tortillard » : le long chemin vers le tramway

Entre promesses politiques et reconnaissance officielle

Une mise sur rails laborieuse

Si l’épopée du « Tortillard » s’étend officiellement de 1904 à 1934, sa mise en œuvre fut loin d’être une entreprise aisée. Le projet a traversé une phase préliminaire de doutes et de blocages administratifs, faisant de sa création un véritable défi avant même la pose du premier rail.

Une attente prolongée

La liaison entre Mirambeau et Saint‑Aigulin a représenté un obstacle bureaucratique majeur. Comme le rapporte L’Écho Saintongeais du 20 avril 1894, les débats au Conseil général soulignent déjà l’urgence de cette ligne destinée à relier quatre chefs-lieux de canton.

Malgré son intérêt stratégique, le dossier s’est heurté à d’incessantes lenteurs de procédure, le Président du Conseil exigeant des garanties financières fermes avant toute concession.

Le dénouement administratif

Le soulagement survient finalement à l’aube du siècle nouveau. Selon le Journal des finances du 29 décembre 1900, un décret a enfin déclaré, le 22 décembre, l’établissement de la ligne «d’utilité publique».

Le rêve devient réalité

Du débat à l’utilité publique. Le décret de 1900 marque la fin de l’attente bureaucratique pour le tramway. Après des années de luttes administratives, le projet quitte enfin les cartons pour devenir une réalité sur le terrain.

1904 : le tramway arrive enfin à Saint‑Aigulin

Après plus d'une décennie de discussions, d'études et de démarches administratives, le projet de tramway devient enfin réalité. À l'été 1904, la Compagnie des chemins de fer économiques annonce l'ouverture de la section reliant La Garde-Montlieu à Saint‑Aigulin sur la ligne de Mirambeau.

Pour la commune, l'événement est considérable. Saint‑Aigulin se trouve désormais reliée au réseau ferroviaire départemental, facilitant les déplacements des voyageurs, le transport des marchandises et les échanges avec les communes voisines.

L'annonce publiée par L'Écho Saintongeais témoigne de cette étape décisive qui marque l'arrivée effective du tramway à vapeur dans la commune. Bientôt surnommé le « Tortillard », ce petit train s'inscrira pendant près de trente ans dans le paysage et la vie quotidienne des habitants.

L'Écho Saintongeais, août 1904

Annonce de l'ouverture de la section ferroviaire reliant La Garde-Montlieu à Saint‑Aigulin sur la ligne de Mirambeau à Saint‑Aigulin. Cette mise en service marque l'arrivée effective du tramway à vapeur dans la commune.

Les équipements du terminus

La gare terminus de Saint‑Aigulin était alors un centre névralgique équipé.

Bâtiment voyageurs : avec une lampisterie pour l’entretien des lanternes à huile.

Infrastructures : voies d’évitement, voies de marchandises et une plaque tournante pour les locomotives.

Ce réseau secondaire s'éteignit progressivement face à l'automobile, le service marchandises s'arrêtant définitivement en 1934.

Au rythme du rail et de l’histoire

Bienvenue dans un voyage immobile au cœur de la mémoire ferroviaire. À travers cette collection d’illustrations, nous vous invitons à redécouvrir le temps où le sifflet des locomotives dictait le tempo de la vie locale.

Du prestigieux train Bordeaux-Paris au célèbre Tortillard, ces images témoignent de l'époque où le rail était le véritable poumon économique de notre territoire.

Une traversée du siècle, d’une gravure de 1895 aux souvenirs de 1982 :

D’après une belle illustration

l’arrivée du train en provenance d’Angoulême en gare de Saint‑Aigulin.

La jonction des rails

L’ingéniosité du réseau où les voies se croisent pour connecter le Tortillard à la ligne principale.

L’Essor commercial

Témoin d’une prospérité rayonnante, la gare s’agrandit en 1907 pour répondre à un trafic de marchandises toujours plus dense.

Sous le regard du Chef de Gare

Bien plus qu’un bâtiment, la gare était une maison où le Chef veillait jour et nuit sur la sécurité des convois.

L'apparition du Tortillard

Dans un panache de fumée, le tramway surgit de la tranchée sous le pont du Gibeau. Une image emblématique de la ligne reliant Montguyon à Saint‑Aigulin.

En provenance de Montguyon

La silhouette du tramway se dessine, machine infatigable qui rythmait la vie des habitants.

Le dernier virage

Le tramway amorce sa courbe finale avant d’entrer en station, au terminus de Saint‑Aigulin ville, devant l’ancienne maison du garde-barrière. Un style ferroviaire classique reconnaissable : deux fenêtres à l’étage sous une toiture à deux pans.

L’arrivée en gare du Gibaud

Le Tortillard arrive en gare crachant ses ronds de fumée.

Passage du tramway dans la rampe du Gibaud (orthographe exacte)

La machine s’essouffle dans la pente mais tient bon en pleine guerre.

Le « Tortillard » (1904-1934)

50ᵉ anniversaire de sa suppression

Quand la langue rejoint le rail

Depuis 2024, le panneau de la gare affiche également le nom de la station en saintongeais, langue régionale de la Saintonge. Sous l'inscription officielle « Saint‑Aigulin – La Roche-Chalais » figure désormais « Sént-Aghulin La Roche-Chala », rappelant que la langue fait pleinement partie du patrimoine culturel de notre territoire et mérite, elle aussi, d'être transmise aux générations futures. Photo Maxime Pigeon.