L'histoire singulière de Bernard Hamilton Frichou
Du prestige d’une grande lignée au drame de la Dronne
La famille Frichou trouve ses origines lointaines en Ecosse, dans une famille noble des plus anciennes et des plus titrées, celle des Hamilton, anoblie dès le XIVème siècle. Par la suite, ses descendants furent des collaborateurs très proches du pouvoir royal ; l'un d'eux fut même le beau-frère de Jacques III, au XVème siècle. On trouve parmi eux des princes de Hamilton, des ducs de Glasgow, des comtes de Cambridge, des marquis d'Arran..
Cette liste est tirée de la fameuse « Lettre patente » accordée au pasteur Hamilton par le roi Charles Ier, probablement à la requête d’un cousin de John de la branche aînée des Hamilton qui était secrétaire et familier du souverain (et fut d’ailleurs par la suite décapité avec lui sur les ordres de Cromwell). On peut supposer que le pasteur avait souhaité obtenir cette Lettre avec l’espoir que la certification de ses illustres origines écossaises lui serait une protection efficace alors que, malgré l’Édit de Nantes, les protestants de France étaient l’objet d’attaques répétées de la part du pouvoir catholique.
Au XVIème siècle, où naît le protestantisme, un descendant de la branche cadette, John Hamilton, devient calviniste et pasteur, et vient exercer sa fonction en 1604 en Saintonge, à Montendre, où il épouse une fille de la région.
Une de leurs filles, Clotilde, épouse un agriculteur des environs de Chalais : Jacques Frichou.
A ce propos, il est temps de démentir une légende d'après laquelle le nom de Frichou viendrait du nom écossais "Fretchow" (d'autres disent Frescow") qui serait celui d'une famille immigrée faisant partie de tout un groupe d'Ecossais ayant accompagné le pasteur dans sa migration et ayant fait souche dans notre région. Par la suite, ce nom aurait été francisé en "Frichou". On voit bien l'intention : il s'agissait de donner du prestige à la famille en attribuant aux descendants de Jacques et Clotilde une origine exclusivement anglo-saxonne. Or, ce patronyme n'est attesté dans aucun document officiel connu, alors qu'il y a pléthore de recherches généalogiques sur les Frichou que la diffusion numérique met à la disposition de tous. Il est donc beaucoup plus vraisemblable de dire que les Frichou sont français par leur ancêtre Jacques et écossais par leur ancêtre Clotilde.
De cette union va naître une implantation familiale durable dans notre région.
Ils fondent, à Rioux-Martin, un village qu'on appelle 'Les Ecossais" et qui existe encore sous ce nom. Il n'est pas sans intérêt, pour l'Histoire de notre région, de savoir qu'un des descendants de cette famille protestante se convertit au catholicisme dans les années 1730.
Un acte notarié de 1739 certifie d'ailleurs que les deux tantes célibataires de Pierre Frichou (le converti) le déshéritent au profit de son frère Jean, resté fidèle à la religion de la famille."
Par la suite, il y eut chez les Frichou la branche restée protestante, d'abord basée à La Genétouze et qui vint habiter plutôt à La Barde, La Treille, La Moulinasse, La Roche-Chalais, et la branche catholique, qui s'installa plutôt à Médillac, Parcoul, Saint‑Aigulin ... En tout cas, cette dynastie de notables et de propriétaires terriens marqua profondément la région. Beaucoup de Frichou y furent maires, notaires, juges.
Entre autres, Bernard, qui s'illustra notamment comme notaire royal et rédacteur du cahier de doléances de Saint‑Aigulin, avant de devenir maire de La Genétouze.
Source familiale Informations et recherches transmises par Michel Legendre, descendant de la famille Frichou.
Un maire au destin tragique
Son fils, Bernard Hamilton Frichou, naît à La Genétouze, au village de Tournier, le 15 novembre 1796. Il s’installe comme notaire à Saint Aigulin en 1825 puis est élu maire de la commune en 1831.
Son destin bascule tragiquement en juillet 1843 lors d’une rencontre tendue avec le préfet de la Charente Inférieure. Ce dernier vient lui présenter le tracé de la nouvelle route nationale, un projet qui doit diviser la propriété personnelle du maire. Une vive altercation éclate et le magistrat finit par gifler le représentant de l’État.
Rongé par le remords après cet outrage, Bernard Hamilton Frichou prend la décision fatidique de mettre fin à ses jours en se noyant dans la Dronne cette même année 1843. Avant de mourir, il formule une ultime volonté insolite, celle d’être inhumé debout et face à l’Écosse, la terre de ses ancêtres.
Sa stèle verticale, toujours visible aujourd’hui dans le cimetière communal, témoigne de ce destin hors du commun.
La stèle du cimetière
La tombe verticale de Bernard Hamilton Frichou, érigée face à l’Écosse selon ses dernières volontés lors de sa disparition tragique en 1843, perpétue dans le cimetière communal le souvenir de ce maire singulier. Le temps a malheureusement fait son œuvre en effaçant l’inscription gravée dans la pierre, privant aujourd’hui le visiteur d’une lecture directe de cette étonnante histoire qui continue pourtant de vivre dans les mémoires.
Les familles Frichou et Legendre : une histoire qui se transmet
L'histoire de Saint‑Aigulin est aussi celle de familles dont les parcours se rejoignent et se prolongent au fil des générations. Les Frichou et les Legendre en offrent un remarquable exemple.
Si Bernard Hamilton Frichou, maire de Saint‑Aigulin de 1831 à 1843, n'était pas lui-même apparenté aux Legendre, deux alliances matrimoniales conclues à la fin du XIXᵉ siècle unirent durablement les deux lignées.
Au-delà de cette parenté, les Frichou ont laissé une empreinte profonde dans la commune. Leur nom demeure attaché à plusieurs lieux emblématiques, qui rappellent le rôle qu'ils ont joué dans la vie économique, sociale et patrimoniale de Saint‑Aigulin. Cette présence, encore perceptible aujourd'hui, constitue un héritage durable de leur engagement.
Cette filiation donne un relief particulier à l'action du docteur Philippe Legendre, acteur essentiel de l'achat, puis du sauvetage de l'orgue de l'église Saint-Fort.
Grâce à son initiative, cet instrument remarquable échappa à la disparition et put retrouver toute sa place dans le patrimoine communal.
À près d'un siècle d'intervalle, Bernard Hamilton Frichou et Philippe Legendre illustrent, chacun dans son époque, une même volonté de servir et de préserver Saint‑Aigulin. L'un par son engagement dans les affaires publiques, l'autre par son action en faveur du patrimoine, ils incarnent une continuité familiale qui traverse le temps et participe à l'identité de la commune.
Quand les ânes étaient les rois de la fête
Retour en 1896 : vélocipèdes, pétards et oreilles longues
Le 24 mai 1896, la fête patronale de Saint‑Aigulin battait son plein. Le programme ne manquait pas d'originalité : des courses de vélocipèdes pour les plus téméraires, un feu d'artifice pour l'éclat, et surtout, le clou du spectacle : la célèbre course aux ânes.
À cette époque, Saint‑Aigulin comptait plus de longues oreilles que de voitures. Imaginez la scène : des montures têtues, des jockeys d'un jour et un public en délire. Organiser un tel «Grand Prix» aujourd'hui relèverait du défi, tant pour dénicher les animaux que pour les convaincre de galoper dans le bon sens !
Que l'on soit en 1896 ou aujourd'hui, l'essentiel demeure : le plaisir de se retrouver et de rire ensemble.
Même si, il faut l'avouer, un départ de course avec des baudets récalcitrants avait un panache difficile à égaler.
Le grand prix des baudets
Quand le galop des ânes rythmait la fête patronale.
Esteban Grinan Gomez
Un geste d’héroïsme à Saint‑Aigulin
Le courage au quotidien. Au-delà des chroniques officielles, la vie locale est marquée par des actes de bravoure qui révèlent l’âme d’une commune.
Ce récit de 1942 met en lumière un moment où l’humanité l’emporte sur les circonstances du conflit.
La presse relate un sauvetage héroïque
Le 6 juillet 1942, en pleine Occupation, la presse relate un sauvetage héroïque : le capitaine de l’équipe de football a porté secours à un soldat allemand en détresse.
Le capitaine au cœur d’or
Photographié en 1942 au sein de l’équipe de football, Esteban Grinan Gomez (troisième en partant de la gauche) se distingue par son charisme naturel. Derrière cette silhouette de sportif se cache l’homme qui, la même année, bravera les flots pour sauver une vie. Ce cliché d'époque nous restitue le regard d’un homme dont la bonté allait marquer son destin.
Du terrain de Saint‑Aigulin à l’aventure industrielle du verre
Un joueur de football pas comme les autres
L’escale aigulinoise. Esteban Grinan Gomez trouve à Saint‑Aigulin une terre d’accueil. Travailleur exemplaire et footballeur de talent, il devient le capitaine emblématique de l’équipe locale. C’est ici qu’il réalise, en 1942, son acte d’héroïsme en sauvant un soldat de la noyade.
L’épreuve des camps et l’héritage secret. De retour en Espagne, il est emprisonné par le régime. Dans l’obscurité d’un camp, il protège et soigne un vieil homme affaibli. Avant sa mort, le vieil homme lui transmet un savoir-faire précieux lié à la fabrication d’ampoules de verre destinées à l’industrie pharmaceutique.
L’ascension industrielle. Une fois libre, Esteban dépose un brevet révolutionnaire basé sur ce savoir-faire. Ce succès technique le transforme en un entrepreneur de premier plan et lui apporte la fortune.
L’âme d’un champion. Du stade de Saint‑Aigulin aux sommets de l’industrie, le parcours d’Esteban Grinan Gomez reste un chapitre unique de notre mémoire. Une vie où la bravoure et la droiture ont fini par forger une véritable légende.
Salvador Artigas : Saint‑Aigulin, le club de la Renaissance
Extrait du livre U.S.A.S FOOTBALL
L’histoire de l’Union Sportive Alerte de Saint‑Aigulin.
Pilote de chasse et réfugié politique
L’exil vers la France : un destin hors du commun
Une trajectoire détournée
Né en 1913 à Talavera de la Reina, Salvador Artigas Sahún est bien plus qu’un nom du football.
Formé au FC Barcelone, son ascension est brisée par la guerre civile espagnole.
Pilote de chasse dans les rangs républicains, il est contraint de fuir l’Espagne lors de la prise de pouvoir de Franco.
Expatrié dans le Sud-Ouest de la France, c’est dans ce contexte dramatique que son destin croise celui de Saint‑Aigulin.
Saint‑Aigulin, un tremplin décisif avant Bordeaux
Sur les terrains : le joueur
Le parcours de Salvador Artigas comme joueur traverse l’Espagne, la France… et Saint‑Aigulin, étape méconnue mais décisive de sa renaissance sportive après l’exil.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1930–1936 | Débuts au FC Barcelone puis au Levante UD, jusqu’à l’éclatement de la guerre civile espagnole |
| Vers 1938 | Passage à Saint‑Aigulin, où il retrouve les terrains sous les couleurs de l’U.S.A.S |
| 1938–1939 | Signature aux Girondins de Bordeaux |
| 1939–1944 | Transfert au Mans UC durant les années de guerre |
| 1944–1949 | Défenseur du Stade Rennais |
| 1949–1952 | Retour en Espagne sous les couleurs de la Real Sociedad |
| 1952–1955 | Fin de carrière comme joueur au Stade Rennais |
Sur le banc : l’entraîneur
Après sa carrière de joueur, Salvador Artigas devient l’un des entraîneurs les plus respectés de son époque, en France comme en Espagne.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1952–1955 | Premiers pas d’entraîneur au Stade Rennais |
| 1955–1959 | Entraîneur de la Real Sociedad |
| 1960–1967 | Figure emblématique des Girondins de Bordeaux, qu’il installe durablement parmi l’élite du football français |
| 1967–1969 | Entraîneur du FC Barcelone : vainqueur de la Copa del Rey en 1968 |
| 1969 | Sélectionneur de l’équipe nationale d’Espagne pendant quatre rencontres |
| 1969–1970 | Entraîneur du Valence FC : finaliste de la Copa. |
| 1970–1971 | Direction de l’Elche Club de Fútbol |
| 1971–1972 | Entraîneur de l’Athletic Bilbao |
| 1972–1973 | Dernière expérience professionnelle au FC Séville |
L’envolée lyrique de l’U.S.A.S.
Il fallait bien la verve d’Évariste Poitevin, dit Goulebenéze, voix emblématique de la poésie charentaise, pour rendre hommage comme il se doit aux hommes du ballon rond saint-aigulinois.
Dans cet extrait savoureux tiré du livre consacré à l’histoire du football local, le barde célèbre, avec son esprit pétillant et sa langue bien pendue, les dirigeants et les joueurs du club en citant nommément leurs noms, et va même jusqu’à glisser les prénoms de certaines de leurs fidèles supportrices !
L’humour du poète y épouse la passion du maillot, offrant à l’U.S.A.S. une immortalité que nul palmarès n’aurait pu lui garantir seul.
Le football raconté par le barde
Rare témoignage d'époque, ce texte voit l'une des plus grandes plumes de la région poser son regard malicieux sur l'épopée locale du ballon rond. Une façon unique, et irremplaçable, de faire entrer le football de Saint‑Aigulin dans la légende.
Une tournée générale... en ligne droite !
La traversée du bourg en 1944 par Claude Chapeau.
Tout en ligne droite !
Ce texte, aux allures de pièce de théâtre, nous entraîne dans une déambulation mémorable au cœur de Saint‑Aigulin. La règle d’or ? Ne jamais dévier. Une consigne finalement aisée à respecter, tant le bourg s’articule naturellement autour de sa Grande Rue toute en longueur.
Avec malice et tendresse, le récit égrène les noms des figures locales : du médecin de famille aux commerçants, des artisans au garde-champêtre, sans oublier les joueurs et dirigeants de football.
Une chronique qui démontre que la ligne droite est parfois le chemin le plus court pour relier le présent à la mémoire collective.
L’épopée du quotidien et du terrain
Quand le théâtre de la rue rencontre celui du sport. Ce document immortalise les visages et les figures emblématiques de Saint‑Aigulin dans une mise en scène pleine d'esprit et de vérité locale.
Le foot en habit de soirée
Avril 1953 : France Football s'intéresse à un bourg de 1 500 habitants niché en Charente-Maritime. Pas n'importe lequel. Saint‑Aigulin, dont le club enchaîne les titres régionaux avec une constance remarquable, a eu l'audace d'inviter l'Opéra de Bordeaux pour renflouer ses caisses. Du grand art, au sens propre comme au figuré.
Quand le football et le chant lyrique se donnent rendez-vous au bord de la rivière, cela mérite bien les colonnes de la presse nationale.
Le spectacle au service du maillot
Article de Claude Chapeau, France Football, avril 1953. Un hommage à l'audace des dirigeants et à cette soirée singulière où l'art s'est mis au service du maillot.
Quand Saint‑Aigulin vivait au rythme des grandes fêtes paroissiales
Ce document exceptionnel témoigne de l'importance de la vie religieuse et associative à Saint‑Aigulin au début du XXᵉ siècle. Il relate le premier congrès paroissial organisé par le groupe Saint-Fort et rassemble, autour d'une même journée, cérémonies religieuses, défilés, banquet, exercices de gymnastique et manifestations de foi.
À travers le récit enthousiaste du journaliste, se dessine le portrait d'une commune animée par une jeunesse engagée, où les grandes fêtes paroissiales constituaient des événements majeurs de la vie locale. Elles réunissaient habitants, familles et visiteurs dans une ambiance mêlant spiritualité, convivialité et sentiment d'appartenance à la communauté.
Congrès paroissial de Jeunesse catholique à Saint‑Aigulin
Congrès paroissial de Jeunesse catholique à Saint‑Aigulin. Cet article publié dans La Croix de Saintonge et d'Aunis du 5 novembre 1911 relate une journée de fête, de foi et de convivialité organisée par le groupe Saint-Fort.
Les fêtes d’écoles laïques
L'inauguration de la salle des fêtes
10 juillet 1934
Cette photographie publiée dans La France de Bordeaux et du Sud-Ouest du 10 juillet 1934 illustre l'une des représentations données à l'occasion de l'inauguration de la salle des fêtes de Saint‑Aigulin.
On y voit un groupe de jeunes filles exécutant un ballet rythmé intitulé Jolis bras blancs, témoignage de l'importance accordée aux spectacles scolaires et aux fêtes laïques dans la vie locale de l'époque. Ces manifestations rassemblaient familles, habitants et élus autour des élèves, dans une ambiance à la fois festive, éducative et républicaine.
Du vin de messe... à la maison d'arrêt
Au printemps 1904, la presse se passionne pour l'affaire de l'abbé Charles Cau, personnage haut en couleur qui se présentait comme prêtre missionnaire et directeur d'un prétendu orphelinat agricole implanté entre La Roche-Chalais et Saint‑Aigulin.
Pour inspirer confiance, l'intéressé diffusait brochures et prospectus vantant un vaste domaine cultivé par de jeunes orphelins et produisant, selon ses dires, un excellent vin de messe. Malheureusement pour lui, l'établissement n'existait que dans son imagination et les enquêteurs finirent par s'intéresser de près à ses activités.
L'affaire fit suffisamment de bruit pour parvenir jusqu'aux colonnes de plusieurs journaux. Entre faux orphelinat, lettres de change douteuses et commerce de vin prétendument destiné aux autels, l'ex-abbé passa rapidement du rôle de directeur d'œuvre charitable à celui de pensionnaire de la maison d'arrêt de Jonzac.
Le Radical, 17 mars 1894
La presse parisienne s'empare de l'affaire de l'abbé Charles Cau et titre sans détour : « Scandale clérical ».
1903 : Le scandale du notaire
De l’étude aux travaux forcés
Un coup de tonnerre en Saintonge
En août 1903, la Cour d’assises de la Charente-Inférieure rend un verdict implacable : M. Saintespes, notaire à Saint‑Aigulin, est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Une peine d’une sévérité exceptionnelle qui marque durablement les mémoires locales.
La chute d’un notable
Derrière la façade respectable de l'étude se cachait une réalité sombre. Inculpé d'abus de confiance et de faux, cet homme de loi avait trahi sa profession et spolié ceux qui lui avaient accordé leur confiance. Le verdict ne laissait aucune place à l’indulgence : la condamnation aux travaux forcés à perpétuité marquait alors l’une des peines les plus sévères de la justice française.
Pour ce notable respecté, la chute était totale et sans retour. Ce scandale illustre avec force qu'en cette Belle Époque, la justice se montrait impitoyable envers les officiers ministériels ayant failli à leur serment.
Le verdict
Extrait du Journal, L’Echo Rochelais du 12 août 1903. La condamnation aux travaux forcés à perpétuité du notaire de Saint‑Aigulin.
Des jeunes de Saint‑Aigulin distingués en Allemagne
En 1943, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO), de nombreux jeunes Français se trouvent réquisitionnés pour travailler en Allemagne. Le Journal de Ruffec du 18 juillet 1943 rapporte une rencontre de football disputée à Lübeck, où l'équipe des travailleurs charentais l'emporte 6 à 1 face à celle de Siems. Parmi les joueurs figurent deux jeunes de Saint‑Aigulin : Nivelle et Sicher.
Le sport tenait une place importante dans le quotidien de ces travailleurs, loin de chez eux. Il offrait un moment de détente, de cohésion et de vie collective au sein de communautés d'ouvriers regroupées par région d'origine.
Cet article constitue aujourd'hui un témoignage sur le parcours de ces deux Aigulinois, présents au STO en Allemagne durant l'été 1943.
Extrait
Journal de Ruffec.
Saint‑Aigulin dans les souvenirs d'Édouard Duleu
Dans son autobiographie Ma vie sur un air d’accordéon, parue en 1981, Édouard Duleu consacre un chapitre intitulé « Les personnes les plus extraordinaires... ».
Il y livre une galerie de portraits des figures marquantes qui ont jalonné sa carrière. Fait remarquable, c'est la commune de Saint‑Aigulin et son ami proche, l'industriel Pierre Martin, qu'il choisit de citer en premier, bien avant d'évoquer des personnalités à la renommée internationale.
Cet hommage met en lumière l'attachement profond de l'artiste à notre commune et témoigne de la place singulière qu'occupait Saint‑Aigulin dans ses souvenirs.
L'hommage à Pierre Martin, au père Maximin et au public local.
Édouard Duleu se remémore avec émotion sa venue annuelle pour animer la très populaire « nuit du football », un événement qui s’est déroulé pendant de nombreuses années lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. En y saluant la ferveur amicale d’un public bon enfant, il met à l’honneur l’industriel Pierre Martin, président du club, qui faisait travailler la population de Saint‑Aigulin et de La Roche-Chalais et dont il intégrait la famille avec bonheur. C’est également lors de cette soirée que le président lui présente le truculent père Maximin, chargé du contrôle des billets à l’entrée de la salle des fêtes. À 86 ans, ce dernier surprend l’accordéoniste par sa vitalité et ses confidences pleines d’humour, lui inspirant une tendre comparaison avec le mythe de Philémon et Baucis.
Les retrouvailles avec Tony Poncet.
C'est lors de l'une de ces soirées festives à Saint‑Aigulin qu'Édouard Duleu a la grande surprise de revoir le célèbre ténor de l'Opéra, Tony Poncet, qu'il avait pourtant connu initialement à Bagnères-de-Bigorre lors de la fête du Pont. L'artiste à la renommée internationale, surnommé « le taureau de Bigorre » pour sa puissance vocale, lui explique alors ce qui le lie à la Charente-Maritime : ayant épousé la fille du maire et ex-député M. Daviaud, il était lui aussi chez lui à Saint‑Aigulin.
Couverture du livre d'Édouard Duleu
“Ma vie sur un air d’accordéon” paru en 1981.
L'extrait reproduit ci-après est tiré de cet ouvrage :
Les personnes les plus extraordinaires…
Figures et visages hors du commun
On n’a pas circulé pendant des décennies à travers la France, fréquentant tous les milieux et toutes les couches de la Société, sans rencontrer des gens, des personnages, des hommes et des femmes hors du commun. Je crois qu'il suffit d’avoir de la sympathie, de la curiosité et le respect des autres pour que ces « rencontres » se fassent tout au long de votre vie.
J’ai eu la chance insigne de connaître et d’apprécier des êtres vraiment extraordinaires, parfaitement inconnus ou célèbres, humbles ou au faîte de la gloire. Et je dois le dire, les meilleurs et les plus attachants, les plus « riches » et les plus enrichissants, n’étaient pas, forcément, les plus célèbres.
J’ai rangé, de la sorte, dans ma mémoire, une galerie de figures et de visages sortant de l’ordinaire et je vais les parcourir, avec vous.
La nuit du football
J’allais, tous les ans, animer la nuit du football à Saint‑Aigulin, une petite commune de la Charente-Maritime. Cette soirée était très prisée. Il y avait toujours une foule énorme, et amicale, et une ambiance de bonne humeur qui était comme l’émanation de l’esprit de ce public bon enfant.
C’était mon ami Pierre Martin, un important industriel qui employait dans ses ateliers la population laborieuse de Saint‑Aigulin et de la commune limitrophe La Roche-Chalais – qui était le président du Club. J’étais considéré comme faisant partie de sa famille. Je connaissais bien sa femme, ses enfants et petits-enfants, et je venais déjeuner ou souper avec eux, chaque fois que je passais dans la région.
Le père Maximin
La première fois que je vins animer cette soirée, mon ami Martin me conduisit à la salle des fêtes et me présenta l’homme chargé du contrôle des billets à la porte d’entrée.
– Voilà le père Maximin, me dit-il.
Le père Maximin était plutôt petit, trapu, avec une grande moustache, d’épais cheveux poivre et sel et des yeux vifs. D’ailleurs, il donnait une impression de vivacité et de vitalité frappante, avec ses épaules robustes et ses gestes rapides et sûrs.
– Père Maximin, dit le président Martin, dites un peu votre âge à Monsieur Duleu.
– Quatre-vingt-six ans, répond le petit homme râblé, en souriant.
Je regarde avec stupéfaction le solide gaillard qui me fait face. Il en paraît à peine cinquante, et encore en pleine forme.
– Ce n’est pas vrai ? dis-je.
– Si, si, dit le père Maximin, quatre-vingt-six ans et bon pied, bon œil !
Devant ma mine étonnée, il s’approche de moi et me confie à l’oreille.
– Et vous savez, Monsieur Duleu, il n’y a pas longtemps que j’ai arrêté de faire l’amour. Il y a six mois.
Interloqué, je lui demande ce qui s’est passé depuis six mois.
– Ma maîtresse est morte, me répond simplement le bonhomme.
– De quoi est-elle morte ? demandai-je, apitoyé.
– De sa belle mort, dit le père Maximin.
– Quel âge avait-elle donc ?
– Quatre-vingt-cinq ans, dit le bonhomme. Juste un an de moins que moi... Quelle santé, mes aïeux, j’en suis encore tout ébahi !
Quand j’étais petit, j’aimais lire les vieilles fables et légendes et j’avais été séduit par la belle histoire de Philémon et Baucis, les deux époux célèbres de la mythologie grecque. Vous vous souvenez ? Philémon et Baucis habitaient un bourg de Phrygie, et ils accueillirent dans leur humble maison, les dieux Jupiter et Mercure, qui passaient par là, ayant pris la forme d’homme, et que tous les habitants repoussaient. Pour les récompenser de leur hospitalité, Jupiter leur accorda le don de vieillir ensemble et ils parvinrent, s’aimant toujours, jusqu’à la plus extrême vieillesse – et puis, Jupiter, pour les honorer, les changea en arbres.
Je pense que j’ai rencontré Philémon, que Baucis venait de quitter, à Saint‑Aigulin, dans la Charente-Maritime et qu’il s’appelait le père Maximin.
Le ténor de l'Opéra
C’est à cette soirée que j’ai eu le plaisir de rencontrer le célèbre ténor Tony Poncet, de l’Opéra. Il possédait une voix extraordinaire et nous l’appellions le taureau de Bigorre, car il n’était pas très grand, mais large d’épaules avec une nuque puissante. Il était natif de Bagnères-de-Bigorre, dans cette magnifique région de hautes vallées et de sommets pyrénéens, où les chanteurs sont renommés.
La légende veut, et l’expérience prouve, que les propriétés de l’air tonifient les cordes vocales et donnent cette pureté et cette qualité de voix si particulière à cette province. Qui ne connaît la fameuse chorale des Quarante Chanteurs Montagnards d’Alfred Roland, qui interprète merveilleusement La Montagne, Le Beau ciel de Pau, La Bigorre et leurs Pyrénées.
J’avais connu Tony Poncet à Bagnères-de-Bigorre, où j’allais animer la grande fête du Pont, présidée par Eugène Toujas. Devant ma surprise de le rencontrer à Saint‑Aigulin, lui qui chantait partout dans le monde, dans les grandes capitales et dont la gloire était internationale, il m’apprit qu’il avait épousé la fille du maire M. Daviaud, ex-député des Charentes-Maritimes et qu’il était donc chez lui à Saint‑Aigulin.
Saint-Sylvestre en musique : quand Édouard Duleu faisait danser Saint‑Aigulin
Le traditionnel bal de la Saint-Sylvestre réunit convives et musiciens dans une ambiance de fête. L'orchestre est mené par le célèbre accordéoniste Édouard Duleu. On reconnaît, de gauche à droite : Pierre Martin, Édouard Duleu, Marguerite Guérin, Marie-Thérèse Besson, Gaston Besson, Jeanne Serres et Renée Avit. (avant 1969)
Le colonel Edmond Henry (1899-1977)
Un pionnier de l'aviation française né à Saint‑Aigulin
Parmi les enfants de Saint‑Aigulin ayant connu une destinée exceptionnelle, le colonel Edmond Henry occupe une place particulière. Né dans la commune le 30 avril 1899, il appartient à cette génération qui découvre les immenses possibilités de l'aviation au lendemain de la Première Guerre mondiale. Alors que l'aéroplane n'en est encore qu'à ses débuts, il choisit de consacrer sa vie à cette arme nouvelle appelée à jouer un rôle majeur au XXe siècle.
Quelques mois seulement après la fin du conflit, Edmond Henry obtient, en mars 1919, ses brevets de pilote civil et militaire. À une époque où voler demeure encore une aventure réservée à quelques passionnés, cette double qualification témoigne déjà de son engagement et de ses qualités de pilote.
Il poursuit ensuite une brillante carrière dans l'armée de l'Air. Son professionnalisme, son sens du devoir et ses compétences lui permettent de gravir les échelons de la hiérarchie militaire jusqu'au grade de colonel.
Ses états de service lui valent les plus hautes distinctions françaises : commandeur de la Légion d'honneur, Médaille militaire, Croix de Guerre 1939-1945 et Médaille de l'Aéronautique. Ces décorations témoignent de la reconnaissance de la Nation envers un officier qui consacra près de quarante années au service de l'aviation française.
Après avoir quitté le service actif, il demeure étroitement attaché au monde aéronautique. Il rejoint l'association des Vieilles Tiges, prestigieuse société réunissant les pionniers de l'aviation civile et militaire française, où il est apprécié pour ses qualités humaines et son parcours exemplaire.
Le colonel Edmond Henry s'éteint le 20 juillet 1977, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Ses obsèques sont célébrées à Vincennes en présence de nombreuses personnalités du monde aéronautique.
Aujourd'hui, le nom d'Edmond Henry demeure pourtant peu connu à Saint‑Aigulin. Sa carrière accompagne l'extraordinaire essor de l'aviation française, des premiers appareils en toile et en bois de l'après-Première Guerre mondiale aux avions modernes de l'après-1945. Elle illustre le parcours de ces officiers qui ont contribué à la construction de l'armée de l'Air et au développement de l'aéronautique française.
Cette page constitue une première évocation de sa vie. Les recherches dans les archives militaires, les dossiers de la Légion d'honneur, la presse ancienne et les fonds spécialisés permettront d'enrichir cette biographie et de redonner toute sa place, dans la mémoire locale, à cet enfant de Saint‑Aigulin.
À sa disparition, la revue Les Vieilles Tiges, publiée par l'association des pionniers de l'aviation française, lui rend hommage dans son numéro du 15 octobre 1977.
Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois
Quand les voix des Petits Chanteurs résonnaient à Saint‑Aigulin…
Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois à Saint‑Aigulin. Une rencontre musicale dont la date reste à retrouver.
Créés au début du XXᵉ siècle, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois sont devenus l'un des chœurs d'enfants les plus connus de France. Leur vocation première était de faire découvrir le chant choral et la musique sacrée ; au fil des décennies, leurs tournées les ont conduits dans de nombreuses régions de France et à travers le monde.
Sous l'impulsion de l'abbé Fernand Maillet, leur rayonnement prend une dimension internationale. Leurs voyages et leurs concerts deviennent aussi l'occasion de porter un message de paix et de fraternité. Le pape Jean XXIII leur confiera d'ailleurs la mission d'être de véritables « missionnaires de la paix ».
La photographie présentée ici témoigne de leur passage à Saint‑Aigulin. Elle montre un groupe de jeunes chanteurs en aube blanche, réunis avec leurs accompagnateurs, probablement à l'occasion d'une célébration ou d'un concert.
Une date à retrouver…
Cette photographie appartient aujourd'hui à mes archives, mais je ne dispose malheureusement pas de la date exacte de leur venue à Saint‑Aigulin.
Je lance donc un appel à celles et ceux qui pourraient reconnaître cette photographie, se souvenir de cet événement ou posséder un programme, une coupure de presse, une affiche ou tout autre document permettant de le dater.
Si vous avez un souvenir ou une information sur cette venue des Petits Chanteurs à la Croix de Bois à Saint‑Aigulin, n'hésitez pas à me contacter. Votre témoignage permettra peut-être de retrouver la date et de compléter cette page de notre mémoire locale.
Mariage d’Antonin Gros et Renée Peyrot le 30 avril 1942
Un précieux témoignage familial
Il est rare de retrouver, dans les archives locales, des photographies anciennes accompagnées de l’identification précise de toutes les personnes présentes. Ici, les noms et prénoms ont été soigneusement inscrits au verso du document, permettant aujourd’hui de mettre un visage sur des familles et des habitants de Saint‑Aigulin et de préserver leur mémoire. Un précieux témoignage de la vie locale, transmis jusqu’à nous.
En haut, de gauche à droite :
Abel Aubert, Pierrette Aubert, René Gouzilh, Lucette Sermot, Louis Menuet, Nénette Veuille, Andrée Gouzilh, André Roy, Gillette Boisvert, Denise Luzineau, Norbert Gros, Fernand Luzineau.
Au milieu, de gauche à droite :
Lucie Aubert, Mérille Merillac, Gabriel Menuet, Honoré Luzineau, Albert Brunet, Alice Brunet, Paul Gros, Isabelle Gros, Émile Gros, Léa Fombertin, Médeline Menuet, Jean Jeanneteau..
En bas, de gauche à droite :
Alice Menuet, Adrienne Sermot, Adrien Gros, Antoinette Gros, Antonin Gros, Renée Peyrot, Léonie Peyrot, Amélie Peyrot, Michel Veuille, et Mme Jeanneteau..
Une centenaire aigulinoise
Renée Gros, née Marie Renée Peyrot le 12 novembre 1918, entourée de sa fille Danièle. Mise à l’honneur dans Le Petit Aigulinois à l’occasion de ses 100 ans, en novembre 2018, Renée Gros s’est éteinte en avril 2024, à l’âge de 105 ans. Une longue vie au cœur de la mémoire de Saint‑Aigulin.